En janvier dernier, le spécialiste de la transformation numérique Sopra Steria a inauguré son programme de NEU MTN (Negociable EUropean Medium Term Note) en levant rapidement 79 millions d’euros sur des maturités in fine de deux et trois ans. Pour Alain Cohen, directeur des opérations financières du groupe, ce nouvel instrument de dette présente de sérieux atouts de nature à concurrencer les autres supports de financement désintermédiés.

– Redbridge : Pourquoi avoir fait le choix de lancer un programme de NEU MTN ?

– Alain Cohen : Notre décision de déposer début décembre un programme de NEU MTN auprès de la Banque de France repose à la fois sur des éléments contextuels et coût. Dans le cadre de sa politique financière, Sopra Steria veille à conserver une enveloppe d’au moins de 500 millions d’euros, mobilisable pour d’éventuelles acquisitions.

C’est à cette fin que le groupe dispose d’une facilité de crédit de 900 millions d’euros. Toutefois, la force de frappe de cette ligne RCF est obérée d’une part par le montant de nos tirages de NEU CP, qu’elle vient sécuriser en cas de fermeture du marché du NEU CP, et d’autre part par l’arrivée à échéance en juillet 2019 d’une obligation de 180 millions d’euros, à l’origine émise par Steria.

Nos premières émissions de NEU MTN, réalisées en janvier, viennent accroître les marges de manœuvre du groupe. Contrairement au NEU CP, le NEU MTN ne nécessite pas de ligne de back-up. De par sa nature moyen terme – au minimum à 1 an mais en pratique à 2 ans voire au-delà, ce marché donne aux émetteurs le temps de trouver une solution dans l’éventualité d’un brusque retournement.

Par ailleurs, le NEU MTN possède de nombreux atouts. Son coût d’émission est inférieur à celui d’une émission obligataire Le marché offre également des conditions de financement nettement plus avantageuses que celles du marché obligataire classique. Il est possible que le développement du NEU MTN, notamment les émissions supérieures ou égales à trois ans, pousse le compartiment obligataire classique vers des opérations plus longues, de sept ou huit ans typiquement.

– Comment s’est déroulée la mise en place de votre programme de NEU MTN ?

– L’opération a été mise en place en collaboration avec Redbridge. Dans la mesure où Sopra Steria disposait déjà d’un programme actif de NEU CP, la Banque de France a validé très rapidement notre dossier.

Nous avons repris le même agent domiciliataire que pour notre programme de NEU CP. En ce qui concerne les agents placeurs, nous avons fait entrer dans notre pool un nouvel établissement qui s’est révélé très agile. A noter que nous travaillons également avec une banque qui a choisi de nous apporter des capacités de placement sans que nous ayons contractualisé avec elle un accord, au demeurant peu liant pour les parties…

Deux mois se sont écoulés entre notre décision de déposer un programme et notre première émission, mais le délai aurait pu être réduit. Nous n’avons pas voulu émettre trop tôt, de manière à ce que notre première tombée soit relativement éloignée dans le temps de l’échéance de notre obligation (juillet 2019).

– Comment avez-vous résolu la position réfractaire des investisseurs à verser des coupons aux emprunteurs, dans l’environnement actuel de taux courts négatifs ?

– Cet écueil a été facilement surmonté. Nous avons proposé aux investisseurs une marge plus élevée que celle convenue avec les agents, neutralisée par un versement upfront à l’émission exactement égal à cette surmarge. Nos premières opérations de NEU MTN à deux ans et trois ans ont été émises à taux variables, euribor 3 mois + marge, le tout conduisant à des coupons positifs. A ce stade, nous n’avons pas demandé de prix à taux fixe. Toutefois, si nous avions swappé chacune de nos trois lignes, le coût all in ainsi devenu fixe serait ressorti à des niveaux particulièrement compétitifs, rarissimes auprès des banques.

– Avez-vous testé le marché sur des maturités supérieures à trois ans ?

– Il semble que les équipes obligataires des banques prennent encore le relais pour les émissions de NEU MTN de maturités longues. Nous avons été sollicités pour émettre à cinq ans mais nous n’avons pas donné suite dans un premier temps à cette proposition dans la mesure où le marketing nécessaire était sensiblement le même que pour une émission obligataire.

– Comment se positionne le programme de NEU MTN par rapport aux autres instruments de dette du groupe ?

– Nous ne souhaitons pas prendre le risque de rompre l’équilibre de nos relations bancaires en utilisant le NEU MTN pour rembourser par anticipation certains prêts. Nous réfléchirons à l’opportunité d’émettre une nouvelle obligation en fonction des conditions de marché. Une chose est certaine, nos émissions de NEU MTN viennent réduire nos besoins de NEU CP. La raréfaction de notre signature sur ce marché avait déjà eu par le passé un impact positif sur les marges et les coupons se pratiquant sur nos émissions. Cette raréfaction s’est accentuée avec nos récentes émissions de NEU MTN.

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