Lucie Kunesova, associate director – conseil en cash management chez Redbridge, revient sur les enseignements d’une première enquête auprès des banques européennes et américaines visant à recenser leurs capacités de reporting en matière de frais bancaires et de rémunération des soldes à vue.

– Pourquoi avoir choisi de cartographier la capacité des banques à fournir aux entreprises des reportings détaillés sur leurs frais de cash management et sur la rémunération de leurs soldes à vue ?

– Lucie Kunesova, Redbridge : La décision de lancer cette étude vient de nos missions de renégociation des frais et services bancaires et, plus particulièrement, de l’observation des difficultés de nos clients entreprise à obtenir de leurs banques des détails sur la rémunération de leurs soldes à vue.

Ces dernières années, les banques ont globalement beaucoup avancé sur les reportings de frais de cash management. Notamment, nombre d’établissements européens ont rattrapé le retard qu’ils pouvaient avoir en la matière sur leurs homologues américains. L’information qui permet aux entreprises de suivre précisément leurs frais bancaires est aujourd’hui largement accessible et des outils comme notre plate-forme HawkeyeBSB permettent aux trésoriers de mieux gérer leurs relations bancaires en livrant une vue précise de la consommation de services de cash management par entité, par banque ou encore par pays.

En comparaison, il est beaucoup plus compliqué de mener aujourd’hui un audit détaillé des intérêts créditeurs tirés de la rémunération des soldes à vue. En local, ces reportings ne sont pas toujours envoyés. Rares sont les banques capables de fournir àun document consolidé couvrant plusieurs géographies. Au sein d’un même groupe bancaire, les formats de reportings sur les intérêts créditeurs peuvent également différer. Idem en ce qui concerne les canaux de transmission.

Connaître précisément ce que les banques sont en mesure de fournir en matière de reportings de frais de cash management comme d’intérêts créditeurs dans différents pays du monde nous permet de mieux accompagner nos clients. Cela fournit un élément objectif sur quelles banques inviter en priorité à participer à un appel d’offres dans une géographie spécifique, par exemple à la suite d’une acquisition dans un pays où l’entreprise n’était jusqu’ici pas implantée.

Le reporting est un pilier fondamental de la relation banque-entreprise, car il en garantit la transparence. Aussi devrait-il être accessible facilement et partout, sans avoir à en faire la demande. Mais cette évidence ne va malheureusement pas toujours de soi.

– Quel était le périmètre exact de l’étude et sur quels critères avez-vous sélectionné les établissements contactés ?

– Nous avons contacté un panel de 27 banques européennes et américaines, avec lesquelles nous travaillons régulièrement dans le cadre de nos missions de conseil en cash management. Nous avons adressé notre questionnaire (Request for Information – RFI) à des établissements proposant une couverture de services internationale et multipays, ainsi qu’à des banques françaises de dimension nationale. Notre équipe entretient avec l’ensemble de ces acteurs un dialogue régulier sur l’évolution des offres de cash management et les retours de nos clients sur la qualité de service.

A noter que l’enquête complète les travaux de notre équipe data, qui recense en permanence des informations sur les capacités bancaires, notamment en matière de relevés de frais dématérialisés

– Quelles questions avez-vous posé ?

La demande d’information portait sur deux volets : relevés de frais de cash management et reporting d’intérêts créditeurs.

Sur le premier volet, l’objectif était de faire converger les informations à jour avec toute l’information que traite déjà au quotidien notre équipe Client Care pour les clients utilisateurs de notre plate-forme de suivi des frais bancaires HawkeyeBSB. Nous nous sommes concentrés sur les formats des relevés de frais dématérialisés (EDI, TWIST, CAMT.086), les frais de mise en place du reporting et le coût de transmission du fichier. Nous avons également interrogé les banques sur les délais de déploiement, les démarches à effectuer et l’existence d’équipes support dédiées. Une dernière question portait sur la capacité de la banque à remonter le temps et fournir un historique de données sur les frais de cash management.

Sur le volet reporting d’intérêts créditeurs, nous avons demandé dans quels pays la banque peut-elle fournir un reporting, sous quel nom, dans quel format (généralement PDF), à quelle périodicité, par quel canal (email, portail bancaire, connection host-to-host). Surtout, nous avons demandé si la banque est capable de produire un fichier consolidé multipays ?

– Seulement 11 banques sur 27 ont répondu à votre appel. Ce résultat vous a-t-il surprise ?

– Oui, d’autant que nous avons interrogé pour cette première édition des établissements qui connaissent bien et avec lesquels nous avons des échanges réguliers tant en bilatéral que dans des cadres plus institutionnels, comme celui des groupes de travail CGI-Swift.

Les banques américaines ont plus facilement pris part à l’exercice que leurs homologues européennes. Nous remercions toutes les équipes qui ont perçu l’intérêt mutuel de cette démarche de transparence. Gageons que cette enquête qui s’inscrit dans une logique de long terme sera mieux comprise lorsque nous la renouvellerons.

– Quels premiers enseignements tirez-vous des réponses reçues ?

– L’enquête nous a permis d’affiner notre cartographie des pays où chaque banque est en mesure de fournir des relevés de frais de cash management dématérialisés. Sans surprise, cette cartographie est étroitement liée à l’empreinte de chaque établissement sur une région donnée. Il ressort que les relevés de frais dématérialisés sont aujourd’hui largement accessibles aux Etats-Unis, en Europe et en Asie. Les délais de mise en place annoncés par les banques sont très variables : certains établissements s’engagent sur une semaine, d’autres sur un mois, d’autres encore maintiennent le flou en évoquant des délais « dépendant du périmètre et des pays ».

Sur les intérêts créditeurs, le tableau est plus contrasté. À l’exception d’un grand groupe bancaire américain qui a prévu de déployer des reportings consolidés dans le courant de cette année, les capacités restent limitées. Les banques doivent encore fournir des efforts pour permettre aux trésoriers de suivre simplement leurs intérêts créditeurs au . A ce jour, seuls des reportings mensuels par compte sont disponibles.

– Le format CAMT.086 est souvent mentionné dans les discussions sur les frais bancaires. Où en est son adoption, notamment chez les banques françaises ?

– Dans le cadre des appels d’offres cash management que nous menons, les banques sont systématiquement interrogées sur leur capacité à fournir des relevés de frais au format CAMT.086. Les réponses témoignent d’une maturité progressive du marché français sur ce sujet.

– Que révèle finalement cette étude sur l’état de la relation banque-entreprise ?

– Cette étude illustre que les relations banques-entreprises ne sont pas encore aussi transparentes que nous pourrions l’espérer, mais que les choses s’améliorent progressivement. Les difficultés que peuvent rencontrer les entreprises pour obtenir des informations élémentaires sur leur consommation de frais et services bancaires se sont considérablement réduites ces dernières années. Le marché évolue dans une bonne direction, même si le chemin reste long.

Redbridge va poursuivre ses investigations et compte soumettre à nouveau ces questions aux banques, en s’appuyant sur nos échanges réguliers avec elles pour souligner l’importance de communiquer sur cette information utile à l’ensemble des trésoriers. Prochaine mise à jour très bientôt sur notre blog.

 

 

 

 

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