L’Association française des trésoriers d’entreprise (AFTE) fête cette année ses cinquante ans, ce qui donnera une couleur particulière à ses Journées. Le rendez-vous annuel des professionnels de la trésorerie et du financement se tiendra les 26 et 27 novembre au CNIT Forest, à La Défense, avec un détour par l’île Seguin pour une soirée de gala à La Seine Musicale.

Deux anciens trésoriers y prendront la parole. Le premier est Jean-Dominique Senard, président du conseil d’administration de Renault Group, passé par la trésorerie de Saint-Gobain avant de diriger les finances de Pechiney puis de Michelin. La seconde est Patricia Barbizet, présidente de l’AFEP, qui fut la deuxième présidente de l’AFTE, lorsqu’elle faisait ses armes à la trésorerie de Renault Véhicules Industriels avant de diriger pendant plus d’un quart de siècle Artémis, la holding de la famille Pinault. Avec 1 700 adhérents, 15 commissions et plus de 1 000 journées de formation par an, l’AFTE compte parmi les associations de trésoriers les plus actives d’Europe, aux côtés de l’Association of Corporate Treasurers (ACT) britannique.

Le président de l’AFTE, Daniel Biarneix (Saint-Gobain) et les deux co-présidents des Journées, Clémence Tarenne (OP Mobility) et Laurent Bertrand (Essendi) en ont présenté les grands thèmes. Le titre de l’édition, Better, Faster, Stronger, « reflète les exigences de la fonction de trésorier », selon Clémence Tarenne. La référence au tube planétaire des Daft Punk est pleinement assumée. Un mot manque pourtant à l’appel. Exit Harder et avec lui toute idée de pénibilité. Faut-il y voir l’effet de l’IA qui s’installe dans les process de trésorerie ? Les garants de la liquidité de l’entreprise en auraient-ils fini avec les tâches fastidieuses ? Rien n’est moins sûr.

Risques macro : des entreprises bien financées, mais sous pression

Le contexte suffit à s’en convaincre. La hausse des prix de l’énergie, ravivée par le conflit au Moyen-Orient, est perçue comme le principal risque pour l’activité. Les taux remontent, sous l’effet des anticipations d’inflation comme d’une demande de capitaux accrue : celle des États et celle des hyperscalers, engagés dans des projets d’infrastructure colossaux pour l’IA et la transition énergétique. Les entreprises ne s’alarmeraient pas outre mesure de la situation. Selon la dernière enquête AFTE-Rexecode, elles s’estiment correctement financées et n’anticipent pas de tensions sur leur liquidité. Le problème n’est pas l’accès au financement, mais son coût. S’y ajoutent l’instabilité des changes et IFRS 18, qui refond la présentation du compte de résultat pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027. Le parcours consacré aux risques macroéconomiques aidera à y voir plus clair. Il réunit une plénière sur les perspectives de taux et de change, des regards d’experts sur la gestion du risque de change et sa traduction dans la communication financière, et un atelier sur l’adaptation à IFRS 18.

Le comité de pilotage a aussi consacré une série d’ateliers « aux difficultés qui s’installent dans la durée », au premier rang desquelles les KYC, selon Laurent Bertrand. Un autre parcours, dédié aux priorités de l’organisation de trésorerie, explorera comment fiabiliser les prévisions grâce aux nouvelles technologies et comment intégrer l’IA. Voilà pour les gammes, désormais au programme de toute conférence trésorerie-financement qui se respecte. Place aux ateliers plus pointus qui feront le sel de ces Journées.

Souveraineté sur les outils numériques de règlement

Parmi eux, ceux consacrés à la souveraineté des paiements en Europe. Ils proposeront un état des lieux de Wero et de l’euro numérique, sous l’angle comment intégrer ces nouveaux moyens de paiement pour gagner en efficacité ? Ils aborderont aussi la place du trésorier dans une stratégie d’encaissement de plus en plus partagée, si ce n’est pilotée, par les directions commerciales et marketing. En lecture préalable, s’il paraît d’ici là, le rapport du groupe stratégique de place sur l’innovation et la tokenisation, lancé en mars par la Banque de France, l’AMF et la Direction générale du Trésor. Ce rapport fixera les orientations de la place de Paris « pour appréhender la numérisation des paiements, des émissions de dette et des placements », selon Daniel Biarneix.

L’AFTE distingue deux sujets. L’euro numérique de gros, destiné aux règlements interbancaires, est à ses yeux une infrastructure stratégique dont la nécessité ne fait pas débat. L’Eurosystème en a posé la première pierre le 21 septembre avec Pontes. L’euro numérique de détail avance lui aussi : le Parlement européen a adopté son mandat de négociation le 9 juillet et la BCE vise un lancement en 2029. Reste à fixer le plafond de détention par les particuliers, que les banques, inquiètes pour leurs dépôts, veulent aussi bas que possible. L’AFTE juge l’euro numérique indispensable à la souveraineté européenne et souhaite que la BCE et les banques commerciales s’accordent sur les modalités de son succès. Elle ne tranche pas pour autant entre euro numérique, Wero et stablecoins en euro. L’essentiel est que l’Europe dispose de solutions tokenisées en euro plutôt qu’en dollar. Elle ne doit pas répéter l’erreur commise sur les cartes, abandonnées (à quelques exceptions près comme en France) à des réseaux internationaux pilotés par des rivaux économiques de l’Europe.

Financements et actifs numériques

Autre parcours à suivre, celui consacré aux financements et aux actifs numériques. Il comprend quatre ateliers. Le premier porte sur la dette privée. Le deuxième traite de la notation, avec quelques clés pour choisir son agence selon que l’on se finance auprès des banques ou des fonds de dette. Le troisième passe en revue les financements tokenisés à partir d’exemples concrets. Le dernier propose un regard d’expert sur le stablecoin.

L’atelier sur la dette privée s’intéressera à la place prise par les nouveaux acteurs du secteur : menace, complément ou avenir du financement des entreprises ? BlackRock, Apollo et consorts financent les hyperscalers et accompagnent des groupes de premier plan, d’Air France-KLM à EDF. Affranchis des contraintes prudentielles bancaires, ils peuvent prendre des positions considérables et concentrer leur risque sur quelques signatures. L’atelier promet de dresser un état des lieux du marché, examinera des cas concrets de financement de grands groupes comme d’ETI et tentera de trancher : alternative temporaire ou transformation durable ?

La question du risque systémique sous-tendra les échanges. Les fonds de dette privée ont-ils emprunté auprès des banques pour accroître leur effet de levier ? Dans sa revue de stabilité financière de mai, la BCE juge limitée l’exposition directe des institutions financières de la zone euro au crédit privé. Elle n’en surveille pas moins de près les liens entre banques et fonds, depuis les limitations de rachats imposées en début d’année par plusieurs gérants, dont BlackRock.

Better, Faster, Stronger, oui. Robots ? Pas encore.

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